Maroc-Allemagne: raisons et effets du rappel de l’ambassadeur à Berlin

Le Maroc a décidé aujourd’hui le rappel de son ambassadeur à Berlin pour consultation, au vu de la “position hostile de la république fédérale d’Allemagne concernant les intérêts stratégiques du Maroc”. Une décision qui vient entériner les tensions entre les deux pays. Explications. 

Le Maroc a annoncé jeudi 6 mai le rappel de son ambassadeur à Berlin pour consultation, en dénonçant dans un communiqué officiel les «actes hostiles» de l’Allemagne, notamment sur le dossier du Sahara marocain. «La République Fédérale d’Allemagne a multiplié les actes hostiles et les actions attentatoires à l’égard des intérêts supérieurs du royaume», affirme le communiqué publié par le ministère marocain des Affaires étrangères. Le texte dénonce notamment l’«activisme antagonique» de Berlin après la reconnaissance américaine de la souveraineté du Maroc sur le Sahara.  Le communiqué publié ce jeudi évoque aussi «l’acharnement continu de l’Allemagne à combattre le rôle régional du Maroc, notamment sur le dossier libyen».

Sahara, Libye, et fondations subversives 

La brouille entre Rabat et Berlin a démarré au lendemain de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara. La chancellerie allemande avait non seulement refusé de s’aligner sur la position américaine, mais a freiné tout élan européen à une position favorable au Maroc en exigeant la tenue d’une réunion d’urgence au sein du Conseil de sécurité de l’ONU pour discuter du sujet. Un mois plus tard, un drapeau de la prétendue “RASD” a été hissé pendant quelques heures devant le parlement régional allemand de Brême, suite à la pression de l’intergroupe ‘pour le Sahara occidental’, lobby anti-marocain piloté à Alger. 

La Libye est également un point de discorde entre le Maroc et l’Allemagne puisque Rabat estime avoir joué un rôle non-négligeable entre les protagonistes du conflit. Les accords de Skhirat sont en effet considérés, par les belligérants, comme le seul cadre de négociation. Néanmoins, la diplomatie allemande avait choisi d’écarter le Maroc du premier round de négociation organisé sur son territoire, ce qui avait agacé le ministère des Affaires étrangères, et l’a poussé à refuser l’invitation au second round, qui n’a pas ailleurs débouché sur aucun consensus. 

En plus de cela, le gouvernement fédéral ainsi que son ambassade ne cessent de financer, à traver leurs fondations, des actions subversives au Maroc, notamment des ONG tendance d’extrême gauche sociétale ou encore la protection de condamnés pour terrorisme, comme Mohamed Hajib qui, depuis le pays de Merkel, pilote des actions portant atteinte à la sécurité nationale. 

Quels effets diplomatiques ? 

Avant la convention de Vienne de 1960, le rappel de son ambassadeur était quasiment synonyme de rupture diplomatique. L’accord multilatéral a permis dede trouver un langage commun qui facilite une gradation dans l’expression du mécontentement d’un État à l’égard d’un autre. Le rappel des ambassadeurs est une procédure couramment utilisée par l’État accréditant pour signifier à l’État accréditaire son désaccord avec l’une ou l’autre de ses politiques. Ainsi, pendant quelques jours ou quelques semaines il n’y a plus de relations normales entre les deux pays, afin de marquer le mécontentement sur un conflit précis. 

Pour rappel, le 1er mars dernier, une note émanant du ministère des Affaires étrangères, signée par Nasser Bourita, et adressée à l’ensemble du pouvoir exécutif, a annoncé la « suspension de tout contact avec l’Ambassade d’Allemagne au Maroc », un signe précurseur au rappel de l’ambassadeur. L’étape supérieure est une rupture définitive des relations ainsi que l’expulsion d’une partie du personnel de l’ambassade. 

Cependant, à ce point précis de la brouille, rien n’indique qu’une telle rupture est envisageable, d’autant que l’Allemagne est membre d’une entité supra-nationale (Union européenne), avec qui le Maroc entretient des relations accrues…