Malgré les témoignages poignants, Ghali libéré par la Justice espagnole

Le juge espagnol ayant entendu mardi le chef des séparatistes du Front Polisario, visé par deux plaintes pour « tortures » et « génocide », n’a pris aucune mesure à son encontre, lui donnant donc la possibilité de quitter l’Espagne, où sa présence a déclenché une crise majeure entre Rabat et Madrid.

Hospitalisé depuis le mois d’avril à Logroño pour des complications liées au Covid-19, le chef du Polisario a été interrogé en visioconférence depuis l’hôpital de cette ville du nord de l’Espagne par un juge du haut tribunal madrilène de l’Audience nationale.

A l’issue de cette audition fermée au public, le juge, qui n’a pas inculpé Ghali, n’a prononcé aucune mesure coercitive à son encontre, estimant qu’il n’existait « pas de risque de fuite avéré ».

Les plaignants avaient réclamé la confiscation de son passeport et sa détention provisoire.

Brahim Ghali devra uniquement fournir une adresse et un numéro de téléphone en Espagne pour pouvoir être localisé.

Selon des sources judiciaires, rien ne l’empêche donc désormais de quitter l’Espagne. La porte-parole du gouvernement espagnol Maria Jesus Montero a d’ailleurs souligné qu' »une fois rétabli », Brahim Ghali pourra « retourner dans son pays d’origine, celui d’où il est venu ».

Une décision hautement problématique au vu de la gravité des accusation, dont voici les verbatims :

Fadel Breica (enlevé et torturé par le polisario entre le 18 juin et le 10 novembre 2019): “La comparution aujourd’hui devant la justice de ce criminel de guerre qui a torturé et assassiné des centaines de personnes est une victoire pour ses victimes qui réclament que justice soit rendue. Le fait que le dénommé Brahim Ghali, responsable de graves crimes pendant 50 ans, soit sur le banc des accusés constitue un pas en avant vers le rétablissement de la justice. Cette comparution n’est que le début d’un procès qui atteindra également les autres dirigeants de la bande séparatiste du polisario. Nous avons confiance en l’indépendance de la justice espagnole qui prendra les mesures adéquates pour que ce criminel réponde de ses actes abjects”.


Pedro Ignacio Altamirano (victime de menaces de mort proférées par le polisario) : “La comparution du tortionnaire dénommé Brahim Ghali n’est que le début pour rendre justice aux victimes d’un groupe terroriste impliqué dans des actes de génocide et de torture. Cette affaire doit ouvrir la voie au jugement des autres criminels de la direction du polisario qui sont les responsables des crimes commis contre les dissidents, mais aussi contre la population installée dans les camps de Tindouf dans des conditions infrahumaines”.


Dahi Aguai (ancien détenu du polisario) : “La comparution du chef des milices du polisario pour la première fois devant la justice espagnole est une bonne nouvelle pour les victimes de ce tortionnaire. Elle est le résultat de plusieurs années d’efforts acharnés pour rendre justice aux victimes et jeter lumière sur les graves crimes commis par ce repris de justice.

Il s’agit d’une évolution importante dans ce processus visant à faire connaître devant l’opinion publique et la justice espagnoles le vrai visage de ce criminel. Nous avons confiance en l’indépendance de la justice espagnole pour que le dénommé Brahim Ghali soit jugé”.

Avec MAP et AFP