Elections 2021: l’Istiqlal engage une campagne « à gauche »

Lors de la huitième session centrale du comité du parti de l’Istiqlal tenu samedi 3 avril, Nizar Baraka, secrétaire général, a sorti la carte sociale en vue des élections législatives qui se tiendront en septembre prochain. Retraités, enseignants contractuels, classe moyenne… Le parti historique attaque le PJD sur sa gauche. 

Alors que politiquement impliqué dans les programmes de libéralisation entrepris par le gouvernement dirigé par l’USFP lors du début des années 2000, l’Istiqlal tente de récupérer les voix de la contestation anti-libérale pour ces élections 2021. Malgré la venue à sa tête de Nizar Baraka, figure bien consensuelle que son prédécesseur Hamid Chabat, le parti continue son ancrage sur les questions sociales, du fait de la multiplication des poches de contestation depuis la venue du PJD au pouvoir. 

Dans sa dernière allocution, l’ancien ministre a plaidé pour un “Etat social”, et promet de mettre en priorité du prochain gouvernement la généralisation de la couverture sociale et de l’universalisation de la protection de santé. En parallèle, il plaide pour une amélioration du système de santé en augmentant les effectifs du personnel soignant. Il ajoute à cela une abrogation du système actuel des enseignants contractuels et un recrutement en masse de cette catégorie dans le secteur public, en plus d’une universalisation du système de retraite. 

Quid des finances publiques ? 

Le fait est que l’orientation de l’Istiqlal se heurte à la dureté des statistiques. Un tel programme risque de générer une pression inédite sur les finances publiques, alors que le programme quinquennal d’universalisation de la couverture santé a déjà démarré, et que l’Etat trouve aujourd’hui des difficultés à financer son fonctionnement. 

Selon la dernière note du ministère des Finances, (mars 2021), la situation des charges et ressources du Trésor à fin février 2021 fait ressortir un léger creusement du déficit budgétaire de 2,4%, soit 300 millions de dirhams,  pour se situer à 12,6 milliards de dirhams. Le 2 avril 2021, S&P Global Ratings, emboitant le pas à Fitch,  a abaissé ses notations en devises locales et étrangères à long et à court terme sur le Maroc à «BB + / B» de «BBB- / A-3», du fait justement du creusement du déficit budgétaire. 

A fin mars, le besoin de financement du Trésor s’est établi à 13,4 milliards de dirhams, en baisse de 20%. Pour combler ce besoin, et compte tenu d’un flux net extérieur positif de 3,7 milliards de dirhams, le Trésor a eu recours au financement intérieur pour un montant de 9,7 milliards de dirhams.

Eternel retour des contradictions 

Néanmoins, la baisse de la pression fiscale sur la classe moyenne, ainsi qu’une régulation des prix des hydrocarbures et des produits de première nécessité risque d’avoir un impact positif sur la demande intérieure. Rappelons que sous l’effet du covid-19, cette dernière s’est contractée de 5,5% au quatrième trimestre 2020, contribuant pour moins 6,1 points à la croissance. 

Mais cela reste insuffisant dans un contexte où l’investissement public reste le principal moteur de l’activité.  Le programme de l’Istiqlal ne pourrait être appliqué que dans le cas d’un changement de paradigme dans la mise en place du système monétaire, soit la modification des statuts de Bank Al Maghrib. Celle-ci demeure, rappelons-le, prudente en matière de politiques sociales et dont le principal intérêt est une maîtrise de l’inflation, et qui ne risque pas d’acquiescer vers un tel aventurisme. 

Engager un tel chantier serait aventureux pour Nizar Baraka qui, en tant que délégué chargé des affaires économiques (2007-2012), et ministre de l’Economie et des Finances (2012-2013) a accompagné le processus d’indépendance de la banque centrale…