Edito n°6: Ce que le Maroc doit au PJD

Si 10 ans de gouvernement peuvent user la popularité d’un parti politique, la décennie qui vient de s’écouler a eu l’effet d’une érosion géologique sur la Parti justice et développement. La formation politique, qui a caracolé en tête des deux dernières élections législatives (2011 et 2016), a subi une déroute mémorable, et somme toute logique, lors de la dernière échéance. 

Normalisation, pouvoir royal trop fort, concession sur les prérogatives internes… Tous ceux qui essaient de trouver au PJD des raisons de sa défaite se trompent de sujet. Le PJD ne doit sa défaite qu’à lui-même. En effet, tandis que son frère jumeau turc (AKP) a fourni à la Turquie non seulement un cap géopolitique mais également une élite pour le mettre en place, le pendant marocain est lui constitué d’une réelle armée de généraux. Car si les principaux dirigeants (Benkirane, Feu Baha et Ramid) ont fait preuve d’une force rhétorique que le Maroc a rarement connu depuis la chute idéologique de la gauche, leurs bilans, sur le plan opérationnel, est quasi-nul. 

Et s’il ne fait pas des raisons de plus pour se tirer une balle dans le pied, les ténors n’ont pas fait preuve d’assez de flexibilité politique. En effet, alors que le Maroc entreprend un virage souverainiste et une orientation africaine de sa géopolitique, c’est à dire au moment où il a le plus besoin d’un front interne soudé, la première force politique du Maroc n’avait pas le droit de laisser le Maroc dans le flou organisationnel qu’il a connu entre les élections de 2016 et la révocation d’Abdelilah Benkirane et la nomination de Saad-Eddine El Othmani. 

Mais ici s’arrêtera le réquisitoire… 

Le PJD a permis au système politique une double transition paisible en 2011 et 2021. Et en cela, la communauté nationale doit lui en être redevable. Malgré tous les remous que connaît la région, ni les problématiques sociales, ni les conflits identitaires, ni les fractures sociétales n’ont été exploitées contre l’intérêt de l’Etat. Et en tant que parti s’étant très longtemps habitué au confort et à la virginité de l’opposition politique, la prise en main des décisions aussi impopulaires les unes que les autres, demeure un acte qui force le respect.

Et ceux qui croient qu’en devenant un parti minoritaire, le PJD est mort politiquement, se trompent. Rappelons qu’il s’agit de la seule formation réellement structurée au Maroc, avec un projet idéologique et une base de militants qu’aucun autre parti ne peut contester. Et qu’on le veuille ou pas, le Maroc a toujours besoin du PJD. Car l’avenir politique du Maroc demeure aujourd’hui plus que jamais, d’avoir une opposition forte, organisée et diverse. Et bien que le PJD ait perdu sur le plan parlementaire, il restera performant sur le plan médiatique et de la métapolitique, comme il l’a été durant 20 avant 2011.