Edito n°2 : Des vertus du patriarcat

S’il y a bien quelque chose que les modernistes marocains savent faire, c’est se tromper de combat. Alors qu’une décision de justice infâme vient d’être prononcée, reniant à une fille tout droit de filiation à un père car née hors mariage, nos Jean-Mohamed Illuminé et nos Marie-Rabia Vivre-ensemble ont sauté sur l’occasion pour s’attaquer au “patriarcat”, un concept dévoyé et fantasmé. Ignorant que dans leur lutte, ils sont en train de combattre les démons qu’ils ont eux-mêmes créés. 

« Décision machiste », « justice patriarcale »… Le wokisme version Hay Riad refait surface afin de cracher son venin sur les fondamentaux de la société, et la nécessité d’une “réforme” de l’islam. Un islam des lumières xénon, jantes chromées. 

A l’origine, la Cour de cassation qui refuse de reconnaître le droit de filiation paternelle à une fille née hors mariage. Une décision que l’on peut considérer comme infâme. Mais sans tomber dans la haine de soi, essayons d’y voir plus clair. Un bébé dont la paternité biologique est prouvée par test ADN. Seulement son géniteur refuse de le reconnaître. 

Arrêtons nous deux minutes sur ce point. 

Quel type de sociétés crée des archétypes de sous-hommes pareils ? Sûrement pas une société patriarcale. Dans une communauté où les hommes sont encore des hommes, un géniteur n’aurait aucun problème à reconnaître une progéniture, quelle qu’en soit l’origine. Par contre, ce qui accouche facilement de ce genre de spécimens, c’est une société pseudo-égalitaire, faussement monogamique, où les hommes mettent leurs attributs dans les sacs à main de leurs épouses. 

Symboliquement, les principes masculins et féminins contiennent deux extrêmes. L’homme peut donner le vile couard ou la brute libidineuse. La femme peut donner la traînée tueuse d’hommes ou la puritaine bêtement soumise. Seuls les déterminismes sociaux, via les impératifs communautaires, peuvent réguler ces deux extrêmes. Une société sans injonction, telle que rêvée par les progressistes, est une société où l’on donne libre cours aux bassesses des individus. Et c’est un effet de vase communicant. Quand on demande aux femmes de donner libre cours à leurs pulsions, de faire fi des injonctions de la “méchante société traditionnelle”, que l’on ne s’étonne pas qu’en face, on ne retrouve plus des chevaliers et des séducteurs, mais des pleutres et/ou des violeurs. 

Le patriarcat n’a jamais été une question d’oppression, mais seulement une structure où le pouvoir se transmet via le principe masculin, et où les rôles sont clairement déterminés en fonction des genres et de leurs prédispositions biologiques. Mais cela n’empêchait jamais l’émergence de figures féminines exceptionnelles. Jeanne d’Arc, Marie Curie ou Louise Michelle n’ont pas eu besoin de Simone de Beauvoire pour recevoir le respect, la déférence, voire la sanctification. Peter Sloderdijk le définit comme étant simplement “la loi à visage humain”, c’est -à -dire l’autorité incarnée via le père, le seigneur et le roi. Ce que l’on a fait en réalité en tuant petit à petit ces figures incarnées, c’est faire migrer l’autorité elle-même vers d’autres structures désincarnées : les institutions politiques, les multinationales et les banques…