Edito n°1: Pourquoi l’on déteste tous El Othmani ?

Devenu le centre des critiques depuis le début de la crise du covid-19, Saad-Eddine El Othmani, chef de gouvernement, est aujourd’hui le punching ball de l’opinion publique. Une situation somme-toute normale dans ce qui semble s’apparenter à une “démocratie représentative”. Néanmoins, ce que l’on croit être l’exercice d’un droit civique (critique d’une personne élue par suffrage), n’est qu’un retour à un état primitif de l’humanité… 

Pour ceux qui croyaient que seraient abordés ici les méfaits (et ils sont nombreux) de notre chef de gouvernement, vous serez déçus. Car il ne s’agit pas de faire un réquisitoire, ce sera comme tirer sur un corbillard. Il sera par contre question d’analyser un comportement aberrant des sociétés dites « démocratiques », où règne le contrat social du suffrage universel. 

Depuis 1945, et la consolidation dans les pays occidentaux du pluralisme politique, la démocratie s’offre à nous comme une représentation théâtrale faite d’oppositions idéologiques factices, où règne une alternance entre des pôles politiques qui partagent les mêmes allégeances : libéralisme économique et progrès sociétal. Un système qui par ses propres contradictions a engendré un blocage dû à la réussite soudaine des souverainistes (appelés vulgairement populistes) lors de la décennie qui vient de s’écouler. Blocage qui a nécessité, pour son dépassement, une restructuration techno-financière mondiale, le fameux Grand Reset, à la faveur du covid-19. 

Cet échec de la démocratie trouve en réalité son origine dans l’anthropologie. Entre les sociétés primitives et les civilisations post-néolithiques, jusqu’aux empires chrétiens et musulmans, un saut qualitatif dans l’exercice du pouvoir et l’émancipation de l’homme a été entamé, avec comme point d’orgue les sociétés traditionnelles, fonctionnant sur un système familial nucléaire et une organisation politique monarchique et patriarcale. Le passage du monisme cosmogonique au dualisme religieux des monothéismes, c’est à dire des croyances ancestrales unifiant le corps du monde et le corps de dieu, à la métaphysique du Créateur et la Création, a permis donc à l’homme de prendre en main son libre arbitre, car il n’est plus soumis à l’indistinction et à l’égalitarisme arbitraire propres aux communautés primitives. Celles-ci, afin de se restructurer, et se basant sur les croyances monistes, favorisaient l’exercice sacrificiel, avec comme sacrifice ultime, la guerre du tous contre tous, et, in fine, celle du tous contre un.

Ce que l’on considère comme un étant un progrès, à savoir la rupture avec l’Ancien monde, et l’avènement de la modernité politique, n’est en réalité qu’un retour aux fonctionnements primitifs. L’indistinction propre au suffrage universel (1 homme 1 voix), ainsi que la guerre du tous contre tous entamée lors des élections, ponctuées par la mise en place d’un « chef » éphémère à sacrifier ultérieurement, est un processus paléolithique qui ne dit pas son nom.

Ainsi, en septembre prochain, ce que les Marocains désigneront, ce n’est pas un chef de gouvernement, mais un nouveau bouc-émissaire, coupables de tous nos maux pour les 5 prochaines années.

Autant dire que ce que les tenants de la démocratie représentative nous présentent comme un pas en avant est en réalité une régression civilisationnelle. Lorsque le clergé de la modernité estime que “les Marocains ne sont pas mûrs pour la démocratie”, cela donne une idée sur l’infantilisation libérale des dynamiques profondes. Car dans l’imaginaire collectif réside encore les lambeaux de notre Tradition politique. Celle d’une Monarchie traditionnelle et décentralisée, aux antipodes de l’Etat jacobin dont les partis politiques ont vite fait de s’accaparer. Un système qui a permis au Maroc d’atteindre le statut de civilisation souveraine…