Prières Tarawihs: histoire d’une pratique

Privés pour la deuxième année d’affilée, pour cause de covid-19, de la prière des Tarawihs à la mosquée, une bonne partie des fidèles au Maroc se retranchent chez eux afin d’effectuer ce rite. Pourtant, ce que les 4 écoles sunnites (Malékite, Hanbalite, Chafiite et Hanafite) considèrent comme une Sounna n’a été mise en place, dans sa version actuelle, que sous le deuxième Calife Omar. 

Inscrites dans l’imaginaire collectif marocain comme l’un des rites les plus incontournable du Ramadan, les prières de Tarawihs, prières “surérogatoires” (ndlr : effectués en plus des cinq prières quotidiennes obligatoires), ne seront pas effectués dans les mosquées cette année au Maroc en raison des mesures prises pour endiguer l’épidémie de covid-19. Plusieurs fidèles n’ont pas pu cacher leur déception, au vu de l’enracinement ancré de la pratique, et ce depuis que l’islam sunnite a pris place au Maroc. Pourtant, bien que considérée comme une Sounna, elle n’a jamais été pratiquée, dans sa version actuelle, par le prophète. 

Une “innovation” ? 

Le Calife Omar est le premier à avoir installé les Tarawihs dans leur version actuelle (20 unités de prière après celle du Isha). En effet, du temps du prophète, Boukhari et Mouslim rapportent que durant le mois de Ramadan, ce dernier a prié quelques jours (trois ou quatre) à la mosquée avec ses compagnons, mais qu’il a cependant  cessé de prier avec ses compagnons parce qu’il a “craint que cette prière ne devienne une obligation”. Les 4 écoles sunnites ont donc conclu que puisque le prophète a prié avec ses compagnons, les Tarawih sont donc non seulement une Sunna, mais plus encore, une Sunna confirmée, les savants insistant sur le fait que le Calife n’a fait que “revivifier une Sunna délaissée”. 

Pourtant, l’orthodoxie musulmane est très regardante quant à la “nouveauté” de certaines pratiques. Car, après avoir régenté l’exercice des prières nocturnes sous un seul Imam, Omar s’exclama “Quelle excellente innovation”.  Une bida’a en somme. Mais les théologiens sunnites affirment qu’il s’agit là plus d’une utilisation sémantique du terme, à savoir “sans précédent”, et non pas une “innovation théologique”. Ils réfutent donc qu’Omar soit à l’origine de cette prière.

Prière à la maison, retour à la tradition prophétique ? 

Plusieurs questions demeurent néanmoins en suspens quant au statut juridique des Tarawihs. Plusieurs théologiens critiquent en effet sa classfication comme Sounna, se basant sur les mêmes textes, à savoir Boukhari et Muslim.  Ces deux derniers rapportent en effet que  d’après Zaid ben Thabit (compagnon du prophète) :«Pendant le Ramadan, le prophète se fit une cellule. Je crois bien, dit Bosr, rapportant ce hadith, que Zaid ajouta, avec une natte. Il fit la prière pendant quelques nuits. Un certain nombre de compagnons du prophète ayant suivi sa prière, celui-ci, dès qu’il s’en aperçut resta assis (et cessa de se montrer). Puis il alla vers ses compagnons et leur dit : Je connaissais bien les sentiments que votre conduite m’a manifestés. Dorénavant, ô fidèles, priez dans vos demeures, car la meilleure prière pour un homme est celle qu’il fait chez lui, à moins qu’il ne s’agisse de la prière canonique »

Cette injonction prophétique concorde avec la même histoire rapportée par Boukari par le même compagnon, qui indique que “le prophète priait durant le ramadan, quand j’arrivai et me tins à côté de lui, un autre homme vint et se tint également debout… si bien que nous formions un groupe. Lorsque le prophète sentit notre présence derrière lui, il écourta la prière. Il entra ensuite chez lui et accomplit une prière dont il ne fit point de semblable en notre présence. Le lendemain matin, nous lui demandâmes : T’es-tu rendu  compte de notre présence la veille ? Oui, déclara-t-il. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à agir comme je l’ai fait »