Pourquoi il faut lire René Guénon, par Azddin Amdaa

Lire René Guénon aujourd’hui c’est appréhender les principes métaphysiques, découvrir les études sur le symbolisme, les études relatives à l’initiation et surtout comprendre à travers sa critique du monde moderne les causes profondes du délabrement ambiant et enfin bénéficier d’une grille de lecture pertinente, sur les évènements qui se produisent sous nos yeux car comme le rappelle Pierre Hillard, « le fond de l’histoire est toujours religieux »1.

Comment résumer un travail aussi titanesque, aussi profond, aussi complexe que le travail de René Guénon? Nous allons tenter très humblement de faire découvrir au lecteur ce personnage aussi exceptionnel que méconnu du grand public, afin que chacun puisse aller aux textes et découvrir de lui même le travail de cet homme remarquable, pas seulement pour la sagesse qu’il nous a transmis, mais parce qu’il est de ces lectures qui transforment l’âme. Nous aborderons, donc René Guénon à travers le paradigme islamique, son lien avec la France et le monde musulman, en ces temps ou le laïcisme, l’athéisme, et l’ignorance profonde qui entoure ces sujets est à son apogée.Dans une France, ou le sentiment anti-islam grandit, où la politique n’a jamais été aussi inique, où l’arnaque Gauche/Droite a encore de beaux jours devant elle, où les idiots utiles du système de domination pullulent, où les identitaires en mal de virilité et d’identité prolifèrent, certains cherchant un retour à une France chrétienne fantasmée, d’autres rêvant d’une Reconquista moderne, où le mirage de la “démocratie” et de la “liberté” commence à se voir au grand jour, où le gauchisme ravage les cervelles fatiguées de nos contemporains, où la dérive du sens, au profit de nouveaux concepts creux si chers à la modernité ont envahit la pensée, il nous apparait évident que redécouvrir Guénon, ce traditionaliste français musulman, est non seulement souhaitable mais nécessaire en ces temps troublés, pour la France, autant que pour le Maroc, son vassal idéologique.

René Guénon, également connu sous le nom d’Abd al-Wâhid Yahyâ, est né le 15 novembre 1886 à Blois, en France, et mort le 7 janvier 1951 au Caire, en Égypte. Il a été l’auteur de dix-sept ouvrages, auxquels s’ajoutent dix recueils d’articles publiés à titre posthume. Il a influencé nombre d’écrivains de renom comme Raymond Queneau, Julius Evola, Mircea Eliade, Simone Weil (la philosophe), Alexandre Douguine, et bien d’autres. Maîtrisant une douzaine de langues dont l’arabe, l’hébreu et le Grec, il a largement contribué à introduire en occident les doctrines métaphysiques de l’Orient, à raviver l’esprit traditionnel, qui selon lui « n’a plus de représentant authentique qu’en Orient »2, et à la critique du monde moderne considéré comme dévié. C’est à travers la porte de la « critique du monde moderne » et « du règne de la quantité » que nous aborderons cet exposé, deux ouvrages majeurs dont nous conseillons fortement la lecture tant ils sont synthétiques et prospectifs.Lorsque nous examinons la situation française de l’extérieur, nous sommes frappés par la pluralité de calamités qui semble s’abattre sur ce pays. Certains commentateurs y voient la responsabilité de l’UE, de l’OTAN, des USA, d’autres l’immigration massive, la surconsommation, le capitalisme, la corruption des élites, la décadences des moeurs, la perte de démocratie, l’Islam conquérant etc…Commencer par ces deux ouvrages de Guénon, (La crise du monde moderne et Le règne de la quantité) c’est comprendre que toutes ces problématiques contingentes ne sont que des émanations d’un mal bien plus profond et ancien qui accable notre monde, et qu’il s’agit d’exposer ici, afin de donner au lecteur l’envie d’en apprendre plus.Si au premier abord, le texte coranique peut dérouter le simple profane, lire la bibliographie de René Guénon est une bonne porte d’entrée qui permet de s’initier à la sagesse « non humaine » mais aussi d’éclairer les fondements idéologiques à l’oeuvre dans notre monde contemporain.

Preuve qu’un français correctement initié à la sagesse islamique et ouvert aux langues étrangères a pu devenir l’un des esprits les plus brillants du siècle dernier. S’inspirant de Abder-Rahman Elîsh El-Kebîr, Adi Shankara, Aristote, Ibn Arabî, Lao Tseu et Thomas d’Aquin, Il a su appréhender la Tradition dans une extériorité radicale, remettre au goût du jour la sagesse des prophètes et faire le lien avec toutes les traditions spirituelles. Pourtant il n’est pas étudié sur les bancs de l’école laïque franc maçonne, et reste inconnu de la majorité des français dé-spiritualisés qui se contente en matière d’islam d’écouter BFM, Zemmour, Onfray ou Chalghoumi l’aliéné, voire pire, se contente de l’exemple que renvoient les maghrébins humiliés de France, qui ne sont pour beaucoup que des modernes, des musulmans athées ayant conservés un islam résiduel culturel, vidé de toute sa substance révolutionnaire. Mélangez tout cela avec une sous-culture de ghettos américain, saupoudrez un peu de traumatisme post-colonial et vous obtenez “l’islam de France”. Fort heureusement, d’autres pays sur terre, avec d’autres trajectoires historiques ont su produire des musulmans de très grande qualité.« Les vérités qui étaient autrefois accessibles à tous les hommes sont maintenant cachées.

Et si le trésor de la sagesse « non humaine » antérieur à tous les âges ne peut jamais se perdre, il s’enveloppe d’un voile de plus en plus impénétrable »3 L’idée principale que nous voulons développer ici, est que L’anti-Tradition, à travers le mythe Prométhéen est le mythe fondateur du paradigme de la civilisation occidentale. Prométhée, est celui qui a défié les dieux pour voler le feu sacré et l’offrir aux hommes. On retrouve le même “porteur de lumière”, maudit, dans l’histoire Adamique, mais adulé par les modernistes qui voient en lui celui qui les a libérés des contraintes divines pour laisser libre cours à leurs déviances, d’où la déclaration du sioniste Bernard Henry Levi, « il est urgent de réhabiliter Lucifer, le porteur de lumière, car c’est lui, qui en donnant aux hommes les arts et les lettres, les a libérés » 4`Abd en arabe عَبْد signifie serviteur, captif, esclave et dérive d’un verbe signifiant aussi adorer, vénérer عَبَدَ (‘ibada). Adorer Dieu c’est avant tout accepter d’être son serviteur, son esclave, tandis que le moderne souhaite se libérer de la guidée divine, donc cesser d’adorer Dieu. En fait toute la trajectoire de la modernité, initiée depuis l’antiquité grecque à travers le mythe prométhéen, mais prenant ses racines, bien avant, à l’époque Adamique, consiste à s’émanciper de la tutelle divine, à travers la raison, la science et la technologie, qui donne in fine, à l’humain les moyens de son ambition dans la défiance envers Dieu, jusqu’à prétendre le remplacer par le trans-humanisme.

C’est l’épisode bien connu de tous, mais souvent mal interprété du Diable défiant Dieu, notion qu’il est important de clarifier ici, en revenant sur cette narration de la sourate AL-A’RAF.7-12. [Allah] dit : « Qu’est-ce qui t’empêche de te prosterner quand Je te l’ai commandé?  » Il répondit : « Je suis meilleur que lui : Tu m’as créé de feu, alors que Tu l’as créé d’argile ».7-16. « Puisque Tu m’as mis en erreur, dit [Satan], je m’assoirai pour eux sur Ton droit chemin,7-17. puis je les assaillirai de devant, de derrière, de leur droite et de leur gauche. Et, pour la plupart, Tu ne les trouveras pas reconnaissants. »Iblis, figure incarnant le Mal, ainsi que le racisme, cela dit en passant, puisqu’il prétend que c’est sa nature et non ses actions qui font de lui un « élu », idée séduisante pour BHL et sa communauté; cet archétype du mal est très similaire à l’archétype de l’homme représenté par Adam. N’oublions pas que, Iblis comme Adam ont été élevés au dessus des anges et ont acquis auprès de Dieu une place privilégiée au Paradis. Iblis et Adam, dotés du libre-arbitre ont tous deux désobéis à Dieu, Iblis en refusant de se prosterner devant Adam par arrogance, et ce dernier en écoutant les conseils d’Iblis lui promettant la connaissance et l’éternité que lui procurerait l’arbre interdit. Au moment prévu, c’est à dire à la première prise de décision de Adam, tous deux furent renvoyés du paradis et placés sur Terre, puisque tel était le projet initial de Dieu. 2-30-Je vais établir sur la terre un vicaire « Khalifa « .

Ils dirent : « Vas-Tu y désigner un qui y mettra le désordre et répandra le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te glorifier? « En apparence les deux protagonistes sont en tout similaires, mais une chose fondamentale les différencie pourtant, Iblis persiste dans l’arrogance et accuse même Dieu de l’avoir mis dans l’erreur, quand Adam, reconnaît son tort et s’empresse de demander pardon. Toute l’histoire de Adam et Iblis, comme la notion de Bien et de Mal peut être ramenée à la notion de choix et de responsabilité individuelle. Responsabilité, du latin respondere « se porter garant, répondre de » ou la capacité à prendre des décisions et en assumer les conséquences. Si l’ego domine l’âme, nous nous plaçons volontairement du côté d’Ibis et du Mal, si l’égo se soumet à Dieu, nous sommes alors du côté de Adam et du Bien.Donc contrairement à l’idéologie moderniste, mouvement de dé-construction permanent, qui prétend placer l’homme au dessus de toute chose, et lui octroie le droit de dominer le reste de la création, la pensée traditionnelle, elle, affirme que Dieu, dans son infinie miséricorde, a créé une oeuvre vivante parfaite, d’une infinie complexité, harmonieuse et inégalable, tout entière assujétie à son Créateur.55-5-Le soleil et la lune [évoluent] selon un calcul [minutieux].55-6-Et l’herbe et les arbres se prosternent.55-7-Et quant au ciel, Il l’a élevé bien haut. Et Il a établi la balance, 55-8-afin que vous ne transgressiez pas dans la peséeLe roi doit donc s’efforcer de reproduire l’équilibre cosmique dans la société dont il a la charge, le père, à l’image du roi, doit équilibrer sa famille, tandis que l’individu, il lui est recommandé d’établir une juste balance de son égo, source de toutes les laideurs morales et ainsi contribuer à l’harmonie globale.

Cette sagesse ayant presque en totalité disparue, même en terre d’islam, des mouvements idéologiques plus ou moins déviants apparaissent, prouvant la complète méconnaissance de l’esprit traditionnel et de ce qu’en ont dit les plus grands savants musulmans de ces 1400 dernières années. Que la majorité des français ignorent les écrits de Ibn Arabi, Ibn Khaldoun, Averoes ou Al Ghazali, n’est guère surprenant, mais de là à occulter ce qu’ont dit les écrivains français sur la tradition islamique (Maurice Lombard, Gustave Lebon, François Reynaert, Gaston Wiet, Voltaire, Maurice Bucaille et en premier lieu René Guénon, est pour le moins douteux. Plus choquant encore, que s’est il passé, en France, ces 200 dernières années pour que la perception sur la Religion change à ce point?Car comme le rappelle si justement Rachid Achachi, « si la Tradition est l’adoration de ce qui est éternel, la modernité est l’adoration de ce qui est nouveau »5. Deux visions du monde fondamentalement opposées. Si la France de Guénon a connu la modernité, la France actuelle est entrée de plein fouet dans la postmodernité. Après avoir déconstruit tout ce qui la précède, elle finit par se déconstruire elle-même, dans un schéma d’auto cannibalisme, d’où le nihilisme intégral qui nous entoure. De là découlent tous les concepts creux qui remplissent les cervelles fatiguées de nos contemporains : islam moderne, islam des lumières, droits de l’homme, progrès infini, consommation sans limite, morale laïque, théorie du genre, trans-humanisme, démocratie ou victoire de la « quantité » sur la « qualité », adoration de la nouveauté technologique comme une fin en soit dans un schéma historique linéaire. “Plus” est forcément « mieux », que « moins », «avant» c’était des barbares « ignorants », aujourd’hui on est « moderne », “demain” sera encore “mieux” car c’est le « futur». Une fuite en avant dans l’égarement intellectuel qui accélère le mouvement de l’histoire jusqu’à sa fin inéluctable. Fin inéluctable du cycle humain que la pensée traditionnelle a appelé Kali Yuga, ou âge sombre, car dépourvu de lumière spirituelle.

Nous y sommes! Lire Guénon donc, c’est comprendre que cette religion caricaturale des criminels bédouins d’Arabie, créée il y a deux siècles, importée et sponsorisée à coup de milliards par des crapules occidentales tue bien plus de musulmans que d’européens dans le monde, elle est un cancer dont le remède est L’islam véridique, bien compris et accepté par Guénon, lui tout à fait compatible avec la France de François 1er, mais effectivement, disons le, totalement incompatible avec la France actuelle de Zemmour, de Hanouna, de Macron, et tous ces médiocres personnages qui ne tarderont pas à remplir les poubelles de l’histoire. Lire Guénon c’est comprendre que c’est la société moderne satanique, qui a fait du matérialisme son unique objectif, qui est incompatible avec toute forme de spiritualité, qu’elle soit chrétienne ou islamique puisque ce ne sont là que deux branches d’un même arbre, l’arbre de la Tradition Primordiale commune à toute l’humanité. Lire Guénon c’est comprendre que la sagesse éternelle non-humaine est infiniment plus puissante pour changer notre réalité que n’importe quelle idéologie fluctuante au gré des humeurs, des époques et des intérêts, n’importe quel simulacre de religion “New Age”, ou n’importe quel parti politique.

Lire Guénon c’est comprendre, que renouer avec la Tradition en France et au Maroc est peut être l’ultime chance pour tous ceux qui prétendent lutter contre la destruction de La Civilisation par les tenants de la société marchande, que Jésus a chassé à coup de pieds. En cela, les traditionalistes de tous les pays, sont des alliés de poids dans ce combat de lutte contre la modernité.Lire René Guénon ainsi que tous les brillants auteurs qui l’ont suivi, c’est enfin, trouver les armes intellectuelles pour lutter contre le “Diviseur”, le “Porteur de lumière”, celui qui a juré de se placer en embuscade et mener l’humanité à sa perte à travers le matérialisme et avec l’aide des diables d’apparence humaine qui sont “nos ennemis déclarés” à tous.6L’ironie, est que nul ne peut empêcher ce cycle mondialiste de destruction de s’accomplir, tout au plus peut on le ralentir, car, comme le rappelle René Guénon, « tout principe, parti du point le plus haut, ne peut que tendre vers le point le plus bas ».7

Et pour ceux qui se sentent étrangers dans le monde moderne, sans parfois déceler les causes de leur malaise, nous terminerons par quelques paroles d’espoir, de Julius Evola :« À côté des grands courants de ce monde, il existe encore des hommes ancrés dans les “terres immobiles”. Ce sont généralement des inconnus qui se tiennent à l’écart de tous les carrefours de la notoriété et de la culture moderne. Ils gardent les lignes de crête et n’appartiennent pas à ce monde. Bien que dispersés sur la terre, s’ignorant souvent les uns les autres, ils sont invisiblement unis et forment une “chaîne” incassable dans l’esprit traditionnel. Ce noyau n’agit pas : sa fonction correspond au symbolisme du “feu éternel”. Grâce à ces hommes, la Tradition est présente malgré tout, la flamme brûle secrètement, quelque chose rattache encore le monde au supramonde. Ce sont les “veilleurs”.8

-1 – Pierre Hillard, Le grand Reset https://www.youtube.com/watch?v=a7VN8wBAmwk&t=1820s

2 – René Guénon, Orient et Occident, et Introduction générale aux doctrines Hindoues

3 – René Guénon, La crise du monde moderne*

4 – Bernard Henry Levi sur Lucifer https://www.dailymotion.com/video/x2gy8iz

5 – Rachid Achachi, la société marocaine et la crise des valeurs https://www.youtube.com/watch?v=8LDIk8eDWvw

6 – Gunther Schwab, La danse avec le diable7 – René Guénon, La crise du monde moderne8- Julius Evola, Révolte contre le monde moderne