La lucarne du Mejdoub n°10: Si le blasphème est une liberté, le sens est un droit vital

Il y a quelques semaines, l’opinion publique a célébré la libération d’une jeune Italo-marocaine condamnée pour “atteinte à l’Islam” après avoir après avoir publié des phrases satiriques imitant des versets du Coran sur Facebook. Bien évidemment, toute la sphère occidentalo-centrée reçut la nouvelle avec fierté et soulagement. Nous pouvons discuter des jours et des nuits sur la pertinence de jugement et le degré de gravité légale mais ceci ne peut passer sans le fait d’investiguer réellement la pertinence conceptuel de la liberté et le droit au blasphème. 

Comme toute pensée colonisée, il est devenu impossible de penser une alternative  autre que ce qui est dicté par l’opinion régnante du droit absolu à l’expression. Bien que cette condition absolue soit impossible car même la plus moderne des sociétés ne cesse de mettre des limites à l’atteinte à l’intégrité morale des individus et des récits, on essaye de nous convaincre du contraire. 

Le blasphème satirique est devenu un sport de loisir dans un contexte particulier, celui où le rapport avec l’église devient un rapport de rivalité et de conquête de l’espace politique et public. Rappelons-le, alors que la notion du sacré et de son caractère intouchable constitue depuis des millénaires le socle de la stabilité des société prémodernes. Ceci présuppose que la liberté du blasphème ne peut exister que dans une société où l’individu est maître du jeu et que la seul parole qui est sacrée est celle des médias et de la loi. Car le sacrée est en premier lieu une conscience de la capacité du symbole à porter la plus lourde des vérités, il est alors du droit des communautés de vouloir considérer la parole sacrée comme une limite à ne pas franchir. 

 Le droit au blasphème satirique présuppose aussi un nombre de postulats qui sont en effet discutables. D’ailleurs, ce droit implique des nombres de conditions qui n’existent pas dans la société marocaine à commencer par l’individualisme et la séparation entre éthique et religion et la laïcité comme religion qui se permet de juger et relativiser les autres croyances.  Nos fascinés par la modernité occidentale sont-ils incapables de penser réellement la chose ? Car comment peut-on priver des millions de croyants qui veulent préserver le sens qui maintient leur vie pour laisser libre cours à une expression capricieuse qui ne désirent pas moins que des likes sur les réseaux sociaux.

Devant cette absurdisme normalisé, l’esprit conscient du pouvoir de l’amnésie moderniste ne cesse de se poser une question pas évidente pour la pensée dominante néanmoins proche au bon sens : depuis quand la dérive éthique et la violence qui s’incarne dans la volonté de rabaisser de la valeur du sacrée devient un droit pour lequel il faut militer ? 

De mon jeune âge, je me rappelle des vieux et des sages de la famille qui répétaient un proverbe rempli de sagesse et de pertinence : Un mot peut détruire un paradis construit par une bibliothèque de livres. Nous avons oublié toute une génération qui était plus consciente de nous de la valeurs du sens et de l’importance de bien choisir les mots en vue de ne pas heurter ou désenchanter les état d’âme. 

Enfin, il y a une différence entre une culture qui considère que le mot est l’incarnation du vrai ou du faux et une culture qui considère que l’important c’est le degré de liberté mis en œuvre dans son expression. Le choix est là, jeter le sens dans l’abîme des caprices ou de préserver ce qu’il y a de plus sacré chez l’Homme, le Verbe. Si l’atteinte à la croyance est une expression libre, la préservation du sens sacré est un droit vital.