La lucarne du Majdoub n°7 : Décolonisez-vous ! mais dans des limites.

Dernièrement, la nouvelle tendance, des sciences humaines et des études culturelles a ouvert une nouvelle brèche dans l’étude des rapports de force entre cultures et visions au monde. La thèse principale de celle-ci est qu’un processus de décolonisation s’impose un engagement qui a vu le jour en partie  avec Frantz Fanon ou Césaire dans un contexte de réaction à l’occident lui-même. Par décolonisation, on fait référence à tous les processus de déconstructions des biais et stéréotypes que le colonialisme a construit autour des cultures “indigènes” en leur accordant la souveraineté culturelle. 

En effet, la souveraineté intellectuelle  et culturelle bien qu’elle soit un droit de chaque culture et chaque peuple et que  la décolonisation est considérée comme un processus systémique et global qui vise l’émancipation, nous constatons tout de même  que dans ce champ d’étude le développement des méthodologies s’intéresse particulièrement aux moyens de décolonisation culturelle, et plus précisément, l’expression culturelle en tant que façade d’un champ profond d’appartenances et de croyances. C’est à dire que le processus de décolonisation tel qu’il est posé dans le contexte actuel ne peut en aucun cas être un travail de libération profonde et concrète. Cette thèse s’explique par les raisons suivantes : 

  • Dans le paradigme posé par Ibn Khaldoun, le rapport entre les peuples et culture est un rapport de domination dans le cadre d’une géopolitique réaliste. de ce fait toute culture vainqueure imposera, directement ou indirectement, ses critères idéologiques sur la culture vaincue. Autrement,  la libération réelle ne provient jamais de la part de la culture dominante, car comment comment un dominant peut doter les moyens de libération aux vaincus qu’il continue de dominer d’une manière où d’une autre ? 
  • Dans la logique des rapports de forces économiques équilibrés, l’impérialisme économique est souvent accompagné d’une hégémonie culturelle dans le sens gramscien du terme. Du moment où les apparatus de domination dépassent les frontières dans le cadre du libéralisme économique et culturelle, aucune décolonisation n’est possible de par la dépendance des structures dominées aux mégastructures dominantes. 
  • Chaque culture produit un logos propre à elle, avec une théorie de la connaissance et de l’éthique propre à elle. L’approche décoloniale appartient à un appareillage conceptuel qui s’inscrit historiquement dans le développement des études postcoloniale adoptant ainsi les développement théoriques des mêmes disciplines qui ont servi au passé à une époque donnée dans la justification de quelques drames coloniaux comme l’anthropologie et l’ethnographie par exemple. L’hégémonie épistémique de la modernité s’impose ainsi comme le seul mode de connaissance du monde. 
  • La décolonisation comme processus vient pour amplifier l’importance de l’expression culturelle des cultures non-occidentales avec un double standard. Chaque culture a le droit d’exister dans une multiculturalité universelle mais elle est en même temps appelée à s’inscrire dans les processus de développement régis par l’occident. C’est ce qui est communément connu comme les programmes de développement socioéconomique qui s’inscrit dans les accords internationaux des droits humains.

 De ce qui précède, il est évident que le processus de décolonisation s’inscrit dans une approche cosmétique en voulant admettre la culpabilité factice des relations d’hégémonie qui s’étendent jusqu’à aujourd’hui sur plusieurs niveaux. Or une décolonisation ne peut être comme telle que si elle est menée par les pays colonisés. Elle est en premier lieu une décolonisation de paradigme, c’est-à-dire une émancipation conceptuelle des logiciels régnants. Elle est en suite une souveraineté économique et culturelle qui s’identifie avec des paradigmes de localité plutôt qu’avec les moralisations euro centriques.

En somme l’hégémonie épistémologique est une réalité qui dans le contexte de la décolonisation se manifeste comme une œuvre de spectacle qui a pour but de défier la diversité folklorique des peuples tout en gardant une conformité implacable aux idéaux universels dictés par les ex-colons.