La lucarne du Majdoub n°12: La vieillesse, le mal existentiel des années futures

Imaginons alors que la génération Z d’ici quelques années, fera partie des séniors et sera confrontée à l’éternel réalité du temps, celle de la vieillesse et la fin d’un long chemin appelé la vie. Si vous avez du mal à imaginer cette réalité, vous n’êtes pas les seuls, il s’agit d’une amnésie globale. 

Dans chaque culture, la vieillesse constitue une phase à part entière, il s’agit de l’expérience d’une vie qui est suffisamment maturée et peut-être désormais transmise en guise de leçon pour les générations à venir. Aujourd’hui nous sommes devant un phénomène majeur, celui de la transformation d’une génération entière qui a vécu la révolution Internet qui sera dans le future une génération confrontée à la phase de la vieillesse. Comment peut-on alors vieillir dans un monde qui exige de nous une vitalité et une santé éternelles ? 

Ce qui peut caractériser le monde actuel c’est bel et bien la négation progressiste de la mort et de la vieillesse. Le monde des techniques de transformation et du rêve n’accepte pas la fin et se déploie même à l’encontre de celle-ci. Car le temps rappelle le pouvoir imposant de la mort qui est à la source de toutes les anxiétés du monde moderne.

Devant cette négation, on trouve les enfants de l’ère digitale, des adultes qui sont dans le besoin de validité des inconnus et qui ne ratent aucune opportunité pour montrer combien la vie de la consommation est un bonheur. Ces enfants qui devant leurs idoles baignent dans une matrice de systèmes de pensée unique et se nourrissent de l’attention d’autrui dans un rapport presque pavlovien de gratification et de récompense. 

Dans un monde où l’on  toujours considéré que la génération qui nous dépasse a beaucoup à nous transmettre de par l’expérience vécue, comment peut-on alors vieillir désormais ? et quelle leçon de vie avons-nous à transmettre ?

Le siècle présent fera face à la difficulté d’accepter la vieillesse. C’est l’aboutissement naturel de la modernité en quelque sorte. Comme l’affirmait le philosophe allemand Peter Sloterdijk : “Les enfants de la modernité sont des monstres de l’engendrement”, c’est à dire que ce qui caractérise l’époque moderne c’est bel et bien la négation du père, pour ne pas emprunter les termes lacaniens, dans sa forme la plus présente qui est la transmission. Par ailleurs le caractère de la monstruosité réside dans la symbolique de la constitution identitaire, car les enfants de la digitalité sont des identités créées dans et à travers la matrice digitale, ils sont en cela des êtres hybrides dont la notion de vieillesse reste un mystère. 

Dans le système de la consommation totalitaire. La personne vieille n’a plus aucun rôle à jouer que de témoigner le dépassement constant de la réalité. La transmission des savoirs être et savoirs faire est assurée désormais par Youtube et Facebook, les deux seigneurs des monstres non-engendrés. Comment chevaucher le tigre alors ? la patience. Et comme disait l’adage “ ce qui est tordu dure jusqu’à demain, mais ce qui est droit dure tout l’éternité”.