La lucarne du Majdoub n°11: Le harcèlement, la sacralité de l’humain et la modernité au Maroc

L’attention, devise désormais reconnue du monde digital peut pousser les petits esprits à mettre en scène les spectacles les plus ridicules parfois violents aussi. Nous avons tous et toutes été témoins d’une scène obscène où un homme a harcelé une jeune fille fièrement devant la caméra de son complice. Cet évènement, moderne, relève d’un choc profond dans l’être du Marocain de l’ère des valeurs liquides.

C’est aussi pour cela que l’Histoire et la culture restent des moyens de rappel à même de nous apprendre beaucoup de notre décadence face aux zèles des progressistes qui se réjouissent du mimétisme de tout ce qui est abyssal en terme de valeurs et aspirations civilisationnelles.

Au Maroc et dans toute société collectiviste, l’individu constitue une incarnation des valeurs de la communauté à laquelle il appartient, ainsi toute manifestation de la particularité individuelle se manifeste dans le domaine du privé. De ce fait chaque individu représente en son existence la communauté en tant que telle, autrement dit l’individu est aussi « sacré » que l’ensemble de la société. Dans le même sens, la sacralité du groupe réside dans la sacralité de chacun.

En réalité, l’espace physique de cette communauté -territoire dans lequel chaque symbole rappelle la notion d’appartenance ainsi que ses implications éthiques- accueille l’individu comme une personne digne de respect et de valorisation. Homme ou femme, adulte ou enfant, tout le monde a sa place en partageant les notions les plus vitales celles du respect et de la sécurité.

L’éclatement des appartenances ancestrales et des articulations anthropologiques de l’ordre d’être dans l’espace public ont provoqué au Maroc ce qu’on peut appeler un stresse des territoires. Dans l’absence de toute hiérarchie et de toute notion de territoire symbolique bien tracées qui ferait objet de consentement de chacun, l’éclatement des systèmes éthiques entre individus devient une norme qui marque la montée dans l’individualisme dans les sociétés profondément collectivistes.

Dans une Terra Incognita que représente l’espace public marocain, le harcèlement et la violence deviennent un mode de manifestation des corps. Un Maroc où l’espace public est aussi sacré que l’espace privé, de par l’appropriation des individus de cet espace comme signe de responsabilité, n’est plus. On peut désormais tout se permettre dans un espace stressé par la perte des valeurs et chamboulé par la soif de la violence que dicte la culture planétaire du spectacle digital.

A l’encontre de l’analyse politico-juridique de la culture du harcèlement, notre culture nous apprend qu’une éthique de la sacralité existe, un espace où tout l’humain est sacré dans toutes ses dimensions est possible de par son existence passée. Une autre compréhension est possible loin des clivages des sexes où chacun est responsable devant son prochain. La solution est éthique même si le droit peut faire des avancées, l’infini et complexe champ des intéractions humaines ne pourra jamais être cerné dans un texte de loi ni contrôlé par une force de l’ordre.