La lucarne du Majdoub n°10: Régénérer la Tradition

Depuis la nuit des temps, les idées n’ont cessé de parcourir les civilisations et habiter les imaginaires. Chaque idée prend différentes formes dans les traditions qui constituent l’humus de son développement et métamorphoses.

Ainsi, pour l’idée même de la tradition, les conceptions essayant de définir celle-ci ont parcouru les contrées et les cultures. Dans l’ère moderne, qui parmi nous ne peut pas associer à la tradition le caractère du désuet, de l’obsolète et le primitif. Pourtant, nous n’avons jamais examiné toutes les traditions pour confirmer ce postulat, encore moins la nôtre. 

Cette vision de la tradition est issue d’un nomadisme idéel imposé. C’est pour cela que, quand on parle de la tradition avec les caractéristiques précédemment mentionnées, nous faisons référence à une idée que l’occident a sur sa propre tradition. C’est-à-dire la tradition qui se constitue de caractères moyenâgeux rappelant ainsi le despotisme des églises et des monarques. 

De ce fait, il faut proposer une définition plus globale, je dirais que la tradition est une surréaction collective symbolique et vitale à la mort et au temps. C’est-à-dire que la tradition constitue depuis l’aube de l’humanité les moyens de compromis et de dépassement des méandres de l’inexplicable qui ne cesse de s’imposer au fil des temps. De ce fait, nous allons associer à cette définition le caractère de l’adaptation, l’ancrage, la médiation et la régénérescence. Car c’est parce que la tradition refuse l’oubli qu’elle permet mieux l’apprentissage des expériences des prédécesseurs  et c’est parce qu’elle est ancrée qu’elle empêche toute possibilité de l’errance.

De surcroît, la tradition n’implique pas la rupture c’est pour cela que  son équivalent synonymique en arabe “A’raf” (أعراف) désigne le caractère de ce qui est communément connu de génération en génération dans une culture donnée. La tradition ainsi contient en elle-même la possibilité de la réinvention et les exemples dans ce cadre ne manquent pas…

N’est-il pas possible de lutter contre beaucoup de fléaux sociaux en réinventant institutionnellement le concept des Habous qui a permis aux marocains, depuis 1200 ans,  de bénéficier des services comme la scolarité et la santé? N’avons-nous pas d’un Sultan des Tolbas dans le monde de la recherche et des sciences ? Ou un Amine professionnel qui contrôle et prend la responsabilité de la qualité des prestations fournies par ses collègues ?  

L’idée qui voyage au travers des terres et des mers porte elle son propre bien et son mal et il revient à l’esprit critique et lucide de discerner les deux. Malheureux est le peuple qui médite sa propre tradition avec les yeux de l’étranger.