La lucarne du Majdoub n°1 : De la pensée morte et la vitalité de la contemplation

Les temps modernes invitent à la pensée de la permanente nouveauté qui régit le rapport au monde. Depuis les lumières, la course s’est annoncée d’abord vers l’avant non pas contre la tradition seulement mais contre la vitesse de la lumière aussi.


Il faut désormais après la chute des piliers de l’enracinement se lancer vers une direction abyssale à la vitesse des « lumières ». Les baptistes de la modernité n’ont pas pu anticiper le fait tragique que à la fin du chemin ces mêmes lumières serviront, après l’écrasement des rayons lumineux de la raison sur la surface de la monstruosité humaine, de miroir pour le néant.


La course se fera contre l’humanité elle-même et l’abysse répandra les échos de l’échec de la pensée moderne. Les mêmes esprits désormais après le crépuscule de toute lumière vont chercher avec désespoir quelque chose de plus profond que le fond de l’abysse, sans outils, le langage les trahira…post-modernité est le nom donné aux radiations explosives qui se trouvent dans la terre de l’abîme de la pensée qui ne peut que se livrer à la décomposition.

Dans cette course infinie, la pensée se paralyse par surcroit du dépassement de la vitesse du progrès, pour comprendre le cours de chose, elle choisit la profondeur plutôt que la durée comme mode d’exploration. La profondeur implique la descente vers l’abîme dangereux de la cogitation qui se détache forcément du réel. A l’encontre de l’enraciner dans la durée, le profond a tendance à se laisser niveler par la force du poids, telle est la nature de la pensée moderne qui cherche à désenchanter le monde par le fait de le mettre sous l’œil de la dissection conceptuelle. L’adage ne cesse de nous avertir que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». La conscience implique une position éthique vis-à-vis du phénomène. Elle contient en elle la raison téléologique de sa propre mise en œuvre. 

La pensée morbide appelle au cynisme et au nihilisme. Elle se cache derrière la vocation de la vérité pour imposer sa légitimité factice. Il revient à la pensée authentique d’être un exercice de contemplation « intéressée » qui baigne dans l’étonnement duquel il se ressource en même temps. La froideur intellectuelle prétend l’objectivité à cause de la prétention  qu’elle peut avec ses outils disséquer ce qu’il « y a » pour le com-prendre sous forme d’éléments isolés, alors que la contemplation immersive est un processus qui conçoit l’esthétique et la beauté comme partie intégrante dans la démarche de l’appréhension des principes fondamentaux de l’Etre en tant que « mouvement » et totalité qui dépassent le langage et le symbole, la vocation du sage est située alors dans l’étonnement et l’intuition comme seul moyen pour embrasser l’in-fini.