Chronique Mo le Mansplaineur N°6 : «Aidez la Palestine, ne changez pas vos photos de profils »

En sortant de l’ascenseur pour me rendre à l’appartement de Mo, c’est de l’hébreu que j’entends.  Je le retrouve avachi sur son canapé en train de regarder une série israélienne, -FAUDA- ça s’appelle. Ça veut dire boxon ou bordel et c’était vraiment le bordel dans l’appartement. « Tu connais le porte-parole de l’armée israélienne Avichay Adraee ? il parle arabe mieux que moi ! » me dit-il dans un sanglot étouffé. « Du coup je m’immerge pleinement dans leur univers, il y a quelque chose que nous avons raté mon pote et j’essaye de comprendre ce que c’est ». 

Son pc était grand ouvert, Instagram et Facebook étaient inondés de posts pro-palestiniens mais ça ne semblait pas lui remonter le moral, bien au contraire. « Déclarer son soutien à la Palestine sur les réseaux sociaux c’est un peu comme offrir de la crème solaire à un albinos, ça peut lui faire plaisir mais ça ne change pas grand-chose à son quotidien » me dit-il en devinant que je m’inquiétais de le voir dans cet état. 

 Cette série suit le quotidien d’une unité d’élite composée d’agents maitrisant parfaitement le logiciel culturel palestinien. Du dialecte aux ablutions, ces derniers sont capables de s’infiltrer partout et c’est ce qui les rend aussi redoutables. -Connaissez l’ennemi et connaissez-vous vous-même, en cent batailles vous ne courrez jamais aucun danger- disait Sun Tzu ou Mulan je ne sais plus. Mon pote mansplaineur allait ajouter la géopolitique à sa vision du monde manichéenne et ça ne laissait présager rien de bon. « Je te reconnais une certaine connaissance du féminisme pas du sionisme » lui reprochais-je. « Même matrice idéologique ! assieds-toi et écoute-moi ». 

« Cela fait 70 ans que nous n’arrivons pas à comprendre ce qui se passe au Moyen-Orient. La terminologie que nous utilisons est mauvaise, le diagnostic des forces en présence est erroné, ce qui rend notre soutien inutile voire nocive à la cause » enfonça-t-il.  Comme je n’ai pas tout compris à ce que Mo racontait, qu’il avait sans doute de la fièvre et qu’il s’adressait à moi comme le Christ à ses disciples, je vais vous le citer pêle-mêle afin de m’éloigner au possible de ses divagations (pas folle la guêpe). Si quelqu’un a des réponses à ses questionnements, qu’il les adresse à la rédaction, en vous remerciant. 

« Comme il ne suffit pas d’être femme pour être féministe, il ne suffit pas d’être homo pour être gay. Etre féministe ou gay c’est se revendiquer principalement femme ou homosexuel et adhérer ainsi à un agenda permettant de s’identifier politiquement. Cela s’appelle une politique identitaire et ça s’applique aux mouvements black lives matter, à metoo, au féminisme et au sionisme ».

« Non au purplewashing israélien disait cette féministe marocaine sur son instagram. Le purplewashing étant l’utilisation de la cause féministe pour se donner une bonne image. Meuf tu fais de la politique identitaire depuis 20 secondes, ils en font depuis 2000 ans ». 

« Une féministe pro-palestinienne c’est un développeur informatique sous Windows. Si comme l’a montré Orwell, la pensée est l’esclave du langage. Le féminisme est l’esclave du langage identitaire ».

« Le drapeau palestinien est un drapeau inspiré par les britanniques en 1916 dans leur soutien aux mouvements indépendantistes anti-ottoman. La nation palestinienne s’est créée dialectiquement par opposition à la nation israélienne émergente tout comme l’Allemagne s’est créée par opposition aux conquêtes napoléoniennes. Cela ne rend pas la cause illégitime, elle la rend difficile à cerner car comprendre c’est déjà nommer correctement les choses ».

 « Le colonialisme est une relation entre un état colonial et une colonie. Maman étant l’état, fiston étant la colonie. Si Israël est le fils, où est maman ? »

« La première chose que doit faire un médecin compétent c’est diagnostiquer correctement la maladie. Pour aider les Palestiniens et les Israéliens à faire la paix. Il faut revoir notre vocabulaire et arrêter de parler de colonialisme, d’apartheid et de ségrégation ».

« Les aficionados des partages whatsapp appelant au boycott devrait se rappeler que même le prophète n’a jamais appelé au boycott des produits quraychites. La campagne BDS a montré ses limites depuis que ses objectifs diffèrent selon la langue dans laquelle on consulte leur site internet (disparition de l’appel aux retours des exilés de 48 en anglais) ».

« La déclaration de Balfour est une lettre ouverte. Un petit billet qui a autant de valeur que ta dernière liste de courses à faire. Qu’est-ce qui a fait que cette promesse fut applicable sur le terrain ? »

« Que change à la vie d’un palestinien ou d’un israélien ton antisionisme ? Bonjour, je suis antisioniste dit l’imbécile à l’israélien. Bonjour et alors lui répond l’israélien. Si l’on définit le sionisme comme la volonté de créer un foyer national juif et cet objectif étant réalisé, se revendiquer antisioniste c’est un peu être contre la victoire de l’Uruguay à la première coupe du monde. Ça te permet de faire ton intéressant mais ça ne change strictement rien à la réalité ».

« Si comme le dit Shlomo Sand, le peuple juif fût inventé, quand allons-nous inventer le peuple palestinien ? »

J’aimais à penser que Ramadan serait l’occasion pour Mo de se calmer et de se ressourcer. Cette visite et ces sentences définitives sur la Palestine me font croire que le mansplaining s’étend à d’autres domaines que le féminisme. Nous n’avons pas fini d’en baver avec lui camarades lecteurs !